Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/188

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mes fenêtres, je me mis à regarder la mer d’un œil triste. Je dis ensuite au page que j’avais envie de dormir un peu dans mon brancard, et que cela me soulagerait. Le page ferma bien la fenêtre, de peur que je n’eusse froid : je m’endormis bientôt. Tout ce que je puis conjecturer est que, pendant que je dormais, ce page, croyant qu’il n’y avait rien à appréhender, grimpa sur les rochers pour chercher des œufs d’oiseaux, l’ayant vu auparavant de ma fenêtre en chercher et en ramasser. Quoi qu’il en soit, je me trouvai soudainement éveillé par une secousse violente donnée à ma boîte, que je sentis tirée en haut, et ensuite portée en avant avec une vitesse prodigieuse. La première secousse m’avait presque jeté hors de mon brancard, mais ensuite le mouvement fut assez doux. Je criais de toute ma force, mais inutilement. Je regardai à travers ma fenêtre, et je ne vis que des nuages. J’entendais un bruit horrible au-dessus de ma tête, ressemblant à celui d’un battement d’ailes. Alors je commençai à connaître le dangereux état où je me trouvais, et à soupçonner qu’un aigle avait pris le cordon de ma boîte dans son bec, dans le dessein de la laisser tomber sur quelque rocher, comme une tortue dans son écaille, et puis d’en tirer mon corps pour le dévorer ; car la sagacité et