Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/189

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l’odorat de cet oiseau le mettent en état de découvrir sa proie à une grande distance, quoique caché encore mieux que je ne pouvais être sous des planches qui n’étaient épaisses que de deux pouces.

Au bout de quelque temps, je remarquai que le bruit et le battement d’ailes s’augmentaient beaucoup, et que ma boîte était agitée çà et là comme une enseigne de boutique par un grand vent ; j’entendis plusieurs coups violens qu’on donnait à l’aigle, et puis, tout-à-coup, je me sentis tomber perpendiculairement pendant plus d’une minute, mais avec une vitesse incroyable. Ma chute fut terminée par une secousse terrible, qui retentit plus haut à mes oreilles que notre cataracte de Niagara, après quoi je fus dans les ténèbres pendant une autre minute ; et alors ma boîte commença à s’élever de manière que je pus voir le jour par le haut de ma fenêtre.

Je connus alors que j’étais tombé dans la mer, et que ma boîte flottait. Je crus, et je le crois encore que l’aigle qui emportait ma boîte avait été poursuivi de deux ou trois aigles, et contraint de me laisser tomber pendant qu’il se défendait contre les autres qui lui disputaient sa proie. Les plaques de fer attachées au bas de la boîte conservèrent l’équilibre, et