Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/196

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il recommença à croire que mon cerveau était troublé, et me conseilla de me remettre au lit dans une chambre qu’il avait fait préparer pour moi. Je l’assurai que j’étais bien rafraîchi de son bon repas et de sa gracieuse compagnie, et que j’avais l’usage de mes sens et de ma raison aussi parfaitement que je l’avais jamais eu. Il prit alors son sérieux, et me pria de lui dire franchement si je n’étais pas troublé dans mon âme, et si je n’avais pas la conscience bourrelée de quelque crime pour lequel j’avais été puni par l’ordre de quelque prince, et exposé dans cette caisse, comme quelquefois les criminels en certains pays sont abandonnés à la merci des flots dans un vaisseau sans voiles et sans vivres ; que, quoiqu’il fût bien fâché d’avoir reçu un tel scélérat dans son vaisseau, cependant il me promettait, sur sa parole d’honneur, de me mettre à terre en sûreté au premier port où nous arriverions : il ajouta que ses soupçons s’étaient beaucoup augmentés par quelques discours très-absurdes que j’avais tenus d’abord aux matelots, et ensuite à lui-même, à l’égard de ma boîte et de ma chambre, aussi bien que par mes yeux égarés et ma bizarre contenance.

Je le priai d’avoir la patience de m’entendre faire le récit de mon histoire : je le fis très-fidèlement, depuis la dernière fois que j’avais quitté