Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/230

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


du soleil, comment il se porte, et en quel état il s’est couché et levé.

Les femmes de cette île sont très-vives : elles méprisent leurs maris, et ont beaucoup de goût pour les étrangers, dont il y a toujours un nombre considérable à la suite de la cour ; c’est aussi parmi eux que les dames de qualité prennent leurs galans. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est qu’elles prennent leurs plaisirs sans aucune traverse et avec trop de sécurité ; car leurs maris sont si absorbés dans les spéculations géométriques, qu’on caresse leurs femmes en leur présence sans qu’ils s’en aperçoivent, pourvu pourtant que le moniteur avec sa vessie n’y soit pas.

Les femmes et les filles sont fort fâchées de se voir confinées dans cette île, quoique ce soit l’endroit le plus délicieux de la terre, et quoiqu’elles y vivent dans la richesse et dans la magnificence. Elles peuvent aller où elles veulent dans l’île ; mais elles meurent d’envie de courir le monde, et de se rendre dans la capitale, où il leur est défendu d’aller sans la permission du roi, qu’il ne leur est pas aisé d’obtenir, parce que les maris ont souvent éprouvé qu’il leur était difficile de les en faire revenir. J’ai ouï dire qu’une grande dame de la cour, mariée au premier ministre, l’homme le mieux fait et le plus riche du royaume, qui l’aimait éperdu-