Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/250

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que, puisque sur la mer on allait à tous vents, il n’était pas difficile de faire la même chose sur la terre.

Je passai dans une autre chambre, qui était toute tapissée de toiles d’araignée, et où il y avait à peine un petit espace pour donner passage à l’ouvrier. Dès qu’il me vit, il cria : Prenez garde de rompre mes toiles ! Je l’entretins, et il me dit que c’était une chose pitoyable que l’aveuglement où les hommes avaient été jusqu’ici par rapport aux vers à soie, tandis qu’ils avaient à leur disposition tant d’insectes domestiques dont ils ne faisaient aucun usage, et qui étaient néanmoins préférables aux vers à soie, qui ne savaient que filer ; au lieu que l’araignée savait tout ensemble filer et ourdir : il ajouta que l’usage des toiles d’araignée épargnerait encore dans la suite les frais de la teinture, ce que je concevrais aisément lorsqu’il m’aurait fait voir un grand nombre de mouches de couleurs diverses et charmantes dont il nourrissait ses araignées ; qu’il était certain que leurs toiles prendraient infailliblement la couleur de ces mouches ; et que, comme il en avait de toute espèce, il espérait aussi voir bientôt des toiles capables de satisfaire par leurs couleurs tous les goûts différens des hommes, aussitôt qu’il aurait pu trouver une certaine nourriture suffisamment