Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/280

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tourner dans mon pays, pour y finir mes jours auprès de ma chère femme, privée depuis longtemps des douceurs de ma présence.


CHAPITRE IX.

Des struldbruggs ou immortels.

Les Luggnaggiens sont un peuple très-poli et très-brave ; et, quoiqu’ils aient un peu de cet orgueil qui est commun à toutes les nations de l’Orient, ils sont néanmoins honnêtes et civils à l’égard des étrangers, et surtout de ceux qui ont été bien reçus à la cour. Je fis connaissance et je me liai avec des personnes du grand monde et du bel air ; et, par le moyen de mon interprète, j’eus souvent avec eux des entretiens agréables et instructifs.

Un d’eux me demanda un jour si j’avais vu quelques-uns de leurs struldbruggs ou immortels. Je lui répondis que non, et que j’étais fort curieux de savoir comment on avait pu donner ce nom à des humains : il me dit que quelquefois (quoique rarement) il naissait dans une famille un enfant avec une tache rouge et ronde,