Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/301

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ce voyage un jeune garçon chirurgien. Je dis adieu à ma pauvre femme, qui était grosse. M’étant embarqué à Portsmouth, je mis à la voile le 2 d’août 1710.

Les maladies m’enlevèrent pendant la route une partie de mon équipage ; en sorte que je fus obligé de faire une recrue aux Barbades et aux îles de Leeward, où les négocians dont je tenais ma commission m’avaient donné ordre de mouiller ; mais j’eus bientôt lieu de me repentir d’avoir fait cette maudite recrue, dont la plus grande partie était composée de bandits qui avaient été boucaniers. Ces coquins débauchèrent le reste de mon équipage, et tous ensemble complotèrent de se saisir de ma personne et de mon vaisseau. Un matin donc, ils entrèrent dans ma chambre, se jetèrent sur moi, me lièrent, et me menacèrent de me jeter dans la mer si j’osais faire la moindre résistance. Je leur dis que mon sort était entre leurs mains, et que je consentais d’avance à tout ce qu’ils voudraient. Ils m’obligèrent d’en faire serment, et puis me délièrent, se contentant de m’enchaîner un pied au bois de mon lit, et de poster une sentinelle à la porte de ma chambre, qui avait ordre de me casser la tête si j’eusse fait quelque tentative pour me mettre en liberté. Leur projet était d’exercer la piraterie avec mon