Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/307

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l’un des deux, qui était gris-pommelé, voyant que je m’en allais, se mit à hennir après moi d’une façon si expressive, que je crus entendre ce qu’il voulait : je me retournai et m’approchai de lui, dissimulant mon embarras et mon trouble autant qu’il m’était possible ; car, dans le fond, je ne savais ce que cela deviendrait : et c’est ce que le lecteur peut aisément s’imaginer.

Les deux chevaux me serrèrent de près, et se mirent à considérer mon visage et mes mains. Mon chapeau paraissait les surprendre, aussi bien que les pans de mon juste-au-corps. Le gris-pommelé se mit à flatter ma main droite, paraissant charmé et de la douceur et de la couleur de ma peau ; mais il la serra si fort entre son sabot et son paturon, que je ne pus m’empêcher de crier de toute ma force, ce qui m’attira mille autres caresses pleines d’amitié. Mes souliers et mes bas leur donnaient de grandes inquiétudes ; ils les flairèrent et les tâtèrent plusieurs fois, et firent à ce sujet plusieurs gestes semblables à ceux d’un philosophe qui veut entreprendre d’expliquer un phénomène.

Enfin, la contenance et les manières de ces deux animaux me parurent si raisonnables, si sages, si judicieuses, que je conclus en moi-même qu’il fallait que ce fussent des enchan-