Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/318

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tion. Quelquefois, il est vrai, j’allais à la chasse des lapins et des oiseaux, que je prenais avec des filets de cheveux d’yahou ; quelquefois je cueillais des herbes, que je faisais bouillir ou que je mangeais en salade, et de temps en temps je faisais du beurre. Ce qui me causa beaucoup de peine d’abord fut de manquer de sel ; mais je m’accoutumai à m’en passer : d’où je conclus que l’usage du sel est l’effet de notre intempérance et n’a été introduit que pour exciter à boire ; car il est à remarquer que l’homme est le seul animal qui mêle du sel dans ce qu’il mange. Pour moi, quand j’eus quitté ce pays, j’eus beaucoup de peine à en reprendre le goût.

C’est assez parler, je crois, de ma nourriture. Si je m’étendais pourtant au long sur ce sujet, je ne ferais, ce me semble, que ce que font dans leurs relations la plupart des voyageurs, qui s’imaginent qu’il importe fort au lecteur de savoir s’ils ont fait bonne chère ou non. Quoi qu’il en soit, j’ai cru que ce détail succinct de ma nourriture était nécessaire pour empêcher le monde de s’imaginer qu’il m’a été impossible de subsister pendant trois ans dans un tel pays et parmi de tels habitans.

Sur le soir, le maître cheval me fit donner une chambre à six pas de la maison, et séparée du quartier des yahous. J’y étendis quelques bot-