Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/337

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contraint de le couvrir de poils étrangers, c’est-à-dire de m’habiller et de me déshabiller chaque jour, ce qui était selon lui la chose du monde la plus ennuyeuse et la plus fatigante ; qu’enfin il avait remarqué que tous les animaux de son pays avaient une horreur naturelle des yahous, et les fuyaient ; en sorte que, supposant que nous avions dans mon pays reçu de la nature le présent de la raison, il ne voyait pas comment, même avec elle, nous pouvions guérir cette antipathie naturelle que tous les animaux ont pour ceux de notre espèce, et par conséquent comment nous pouvions en tirer aucun service. Enfin, ajouta-t-il, je ne veux pas aller plus loin sur cette matière ; je vous tiens quitte de toutes les réponses que vous pourriez me faire, et vous prie seulement de vouloir bien me raconter l’histoire de votre vie, et de me décrire le pays où vous êtes né.

Je répondis que j’étais disposé à lui donner satisfaction sur tous les points qui intéressaient sa curiosité ; mais que je doutais fort qu’il me fût possible de m’expliquer assez clairement sur des matières dont son honneur ne pouvait avoir aucune idée, vu que je n’avais rien remarqué de semblable dans son pays ; que néanmoins je ferais mon possible, et que je tâcherais de m’exprimer par des similitudes et des métaphores,