Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/345

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de gré à gré. À l’égard des griffes que vous avez aux pieds de devant et de derrière, elles sont si faibles et si courtes, qu’en vérité un seul de nos yahous en déchirerait une douzaine comme vous.

Je ne pus m’empêcher de secouer la tête, et de sourire de l’ignorance de mon maître. Comme je savais un peu l’art de la guerre, je lui fis une ample description de nos canons, de nos couleuvrines, de nos mousquets, de nos carabines, de nos pistolets, de nos boulets, de notre poudre, de nos sabres, de nos baïonnettes : je lui peignis les siéges de places, les tranchées, les attaques, les sorties, les mines et les contre-mines, les assauts, les garnisons passées au fil de l’épée : je lui expliquai nos batailles navales ; je lui représentai de nos gros vaisseaux coulant à fond avec tout leur équipage, d’autres criblés de coups de canons, fracassés et brûlés au milieu des eaux ; la fumée, le feu, les ténèbres, les éclairs, le bruit, les gémissemens des blessés, les cris des combattans, les membres sautant en l’air, la mer ensanglantée et couverte de cadavres. Je lui peignis ensuite nos combats sur terre, où il y avait encore beaucoup plus de sang versé, et où quarante mille combattans périssaient en un jour de part et d’autre ; et, pour faire valoir un peu le courage et la bra-