Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/353

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procureur quand on le charge d’une affaire ? Je lui répondis que c’était de l’argent. J’eus un peu de peine à lui faire entendre ce que ce mot signifiait : je lui expliquai nos différentes espèces de monnaies, et les métaux dont elles étaient composées ; je lui en fis connaître l’utilité, et lui dis que lorsqu’on en avait beaucoup on était heureux ; qu’alors on se procurait de beaux habits, de belles maisons, de belles terres, qu’on faisait bonne chère, et qu’on avait à son choix toutes les plus belles femelles ; que, pour cette raison, nous ne croyions jamais avoir assez d’argent, et que plus nous en avions, plus nous en voulions avoir ; que le riche oisif jouissait du travail du pauvre, qui, pour trouver de quoi sustenter sa misérable vie, suait du matin jusqu’au soir, et n’avait pas un moment de relâche. Eh quoi ! interrompit son honneur, toute la terre n’appartient-elle pas à tous les animaux, et n’ont-ils pas un droit égal aux fruits qu’elle produit pour leur nourriture ? Pourquoi y a-t-il des yahous privilégiés qui recueillent ces fruits à l’exclusion de leurs semblables ? et si quelques-uns y prétendent un droit plus particulier, ne doit-ce pas être principalement ceux qui, par leur travail, ont contribué à rendre la terre fertile ? Point du tout, lui répondis-je ; ceux qui font vivre tous les