Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/381

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dont les membres de l’assemblée avaient sans doute ouï parler, et que plusieurs même avaient vu. Il raconta alors comment il m’avait trouvé d’abord, et comment mon corps était couvert d’une composition artificielle de poils et de peaux de bêtes ; il dit que j’avais une langue qui m’était propre, et que pourtant j’avais parfaitement appris la leur ; que je lui avais fait le récit de l’accident qui m’avait conduit sur ce rivage ; qu’il m’avait vu dépouillé et nu, et avait observé que j’étais un vrai et parfait yahou, si ce n’est que j’avais la peau blanche, peu de poil et des griffes fort courtes. Cet yahou étranger, ajouta-t-il, m’a voulu persuader que dans son pays, et dans beaucoup d’autres qu’il a parcourus, les yahous sont les seuls animaux maîtres, dominans et raisonnables, et que les Houyhnhnms y sont dans l’esclavage et dans la misère. Il a certainement toutes les qualités extérieures de nos yahous ; mais il faut avouer qu’il est bien plus poli, et qu’il a même quelque teinture de raison. Il ne raisonne pas tout-à-fait comme un Houyhnhnm, mais il a au moins des connaissances et des lumières fort supérieures à celles de nos yahous. Mais voici, messieurs, ce qui va vous surprendre, et à quoi je vous supplie de faire attention ; le croirez-vous ? il m’a assuré que