Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/382

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dans son pays on rendait eunuques les Houynhnhms dès leur plus tendre jeunesse, que cela les rendait doux et dociles, et que cette opération était aisée et nullement dangereuse. Sera-ce la première fois, messieurs, que les bêtes nous auront donné quelque leçon, et que nous aurons suivi leur utile exemple ? La fourmi ne nous apprend-elle pas à être industrieux et prévoyans ? et l’hirondelle ne nous a-t-elle pas donné les premiers élémens de l’architecture ? Je conclus donc qu’on peut fort bien introduire en ce pays-ci, par rapport aux jeunes yahous, l’usage de la castration. L’avantage qui en résultera est que ces yahous, ainsi mutilés, seront plus doux, plus soumis, plus traitables, et par ce même moyen nous en détruirons peu à peu la maudite engeance. J’opine en même temps qu’on exhortera tous les Houynhnhms à élever avec grand soin les ânons, qui sont en vérité préférables aux yahous à tous égards, surtout en ce qu’ils sont capables de travailler à l’âge de cinq ans, tandis que les yahous ne sont capables de rien jusqu’à douze.

Voilà ce que mon maître m’apprit des délibérations du parlement. Mais il ne me dit pas une autre particularité qui me regardait personnellement, et dont je ressentis bientôt les funestes effets ; c’est, hélas ! la principale épo-