Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/383

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que de ma vie infortunée ! Mais avant que d’exposer cet article il faut que je dise encore quelque chose du caractère et des usages des Houyhnhnms.

Les Houyhnhnms n’ont point de livres ; ils ne savent ni lire ni écrire, et par conséquent toute leur science est la tradition. Comme ce peuple est paisible, uni, sage, vertueux, très-raisonnable, et qu’il n’a aucun commerce avec les peuples étrangers, les grands évènemens sont très-rares dans leur pays, et tous les traits de leur histoire qui méritent d’être sus peuvent aisément se conserver dans leur mémoire, sans la surcharger.

Ils n’ont ni maladies ni médecins. J’avoue que je ne puis décider si le défaut des médecins vient du défaut des maladies, ou si le défaut des maladies vient du défaut des médecins : ce n’est pas pourtant qu’ils n’aient de temps en temps quelques indispositions ; mais ils savent se guérir aisément eux-mêmes par la connaissance parfaite qu’ils ont des plantes et des herbes médicinales, vu qu’ils étudient sans cesse la botanique dans leurs promenades, et souvent même pendant leurs repas.

Leur poésie est fort belle, et surtout très-harmonieuse. Elle ne consiste ni dans un badinage familier et bas, ni dans un langage affecté,