Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/388

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mon habit fut entièrement usé, je m’en donnai un neuf de peaux de lapin, auxquelles je joignis celles de certains animaux appelés nnulnoh, qui sont fort beaux, et à peu près de la même grandeur, et dont la peau est couverte d’un duvet très-fin. De cette peau, je me fis aussi des bas très-propres. Je ressemelai mes souliers avec de petites planches de bois que j’attachai à l’empeigne ; et quand cette empeigne fut usée entièrement, j’en fis une de peau d’yahou. À l’égard de ma nourriture, outre ce que j’ai dit ci-dessus, je ramassais quelquefois du miel dans les troncs des arbres, et je le mangeais avec mon pain d’avoine. Personne n’éprouva jamais mieux que moi que la nature se contente de peu, et que la nécessité est la mère de l’invention.

Je jouissais d’une santé parfaite et d’une paix d’esprit inaltérable. Je ne me voyais exposé ni à l’inconstance ou à la trahison des amis, ni aux piéges invisibles des ennemis cachés. Je n’étais point tenté d’aller faire honteusement ma cour à un grand seigneur ou à sa maîtresse pour avoir l’honneur de sa protection et de sa bienveillance. Je n’étais point obligé de me précautionner contre la fraude et l’oppression : il n’y avait point là d’espion et de délateur gagé, ni de lord mayor crédule, politique, étourdi et