Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/389

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malfaisant. Là, je ne craignais point de voir mon honneur flétri par des accusations absurdes, et ma liberté honteusement ravie par des complots indignes et par des ordres surpris. Il n’y avait point en ce pays-là de médecins pour m’empoisonner, de procureurs pour me ruiner, ni d’auteurs pour m’ennuyer. Je n’étais point environné de railleurs, de rieurs, de médisans, de censeurs, de calomniateurs, d’escrocs, de filous, de mauvais plaisans, de joueurs, d’impertinens nouvellistes, d’esprits forts, d’hypocondriaques, de babillards, de disputeurs, de gens de parti, de séducteurs, de faux savans. Là, point de marchands trompeurs, point de faquins, point de précieux ridicules, point d’esprits fades, point de damoiseaux, point de petits maîtres, point de fats, point de traîneurs d’épée, point d’ivrognes, point de P…, point de pédans. Mes oreilles n’étaient point souillées de discours licencieux et impies ; mes yeux n’étaient point blessés par la vue d’un maraud enrichi et élevé, et par celle d’un honnête homme abandonné à sa vertu comme à sa mauvaise destinée.

J’avais l’honneur de m’entretenir souvent avec messieurs les Houyhnhnms qui venaient au logis ; et mon maître avait la bonté de souffrir que j’entrasse toujours dans la salle pour profiter