Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/393

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semble que je hennisse. Je me vois tous les jours raillé sur cela sans en ressentir la moindre peine.

Dans cet état heureux, tandis que je goûtais les douceurs d’un parfait repos, que je me croyais tranquille pour tout le reste de ma vie, et que ma situation était la plus agréable et la plus digne d’envie, un jour mon maître m’envoya chercher de meilleur matin qu’à l’ordinaire. Quand je me fus rendu auprès de lui, je le trouvai très-sérieux, ayant un air inquiet et embarrassé ; voulant me parler, et ne pouvant ouvrir la bouche. Après avoir gardé quelque temps un morne silence, il me tint ce discours : Je ne sais comment vous allez prendre, mon cher fils, ce que je vais vous dire. Vous saurez que, dans la dernière assemblée du parlement, à l’occasion de l’affaire des yahous qui a été mise sur le bureau, un député a représenté à l’assemblée qu’il était indigne et honteux que j’eusse chez moi un yahou que je traitais comme un Houyhnhnm ; qu’il m’avait vu converser avec lui, et prendre plaisir à son entretien comme à celui d’un de mes semblables ; que c’était un procédé contraire à la raison et à la nature, et qu’on n’avait jamais ouï parler de chose pareille. Sur cela l’assemblée m’a exhorté à faire de deux choses l’une ; ou à vous reléguer