Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/394

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parmi les autres yahous, qu’on va mutiler au premier jour, ou à vous renvoyer dans le pays d’où vous êtes venu. La plupart des membres qui vous connaissent, et qui vous ont vu chez moi ou chez eux, ont rejeté l’alternative, et ont soutenu qu’il serait injuste et contraire à la bienséance de vous mettre au rang des yahous de ce pays, vu que vous avez un commencement de raison et qu’il serait même à craindre que vous ne leur en communiquassiez, ce qui les rendrait peut-être plus méchans encore ; que d’ailleurs étant mêlé avec les yahous, vous pourriez cabaler avec eux, les soulever, les conduire tous dans une forêt ou sur le sommet d’une montagne, ensuite vous mettre à leur tête, et venir fondre sur tous les Houyhnhnms pour les déchirer et les détruire. Cet avis a été suivi à la pluralité des voix, et j’ai été exhorté à vous renvoyer incessamment. Or on me presse aujourd’hui d’exécuter ce résultat, et je ne puis plus différer. Je vous conseille donc de vous mettre à la nage, ou bien de construire un petit bâtiment semblable à celui qui vous a apporté dans ces lieux, et dont vous m’avez fait la description, et de vous en retourner par mer comme vous êtes venu. Tous les domestiques de cette maison, et ceux même de mes voisins, vous aideront dans cet ouvrage. S’il n’eût tenu qu’à