Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/396

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possible de me mettre à la nage, que je pourrais tout au plus nager une lieue, et que cependant la terre la plus proche était peut-être éloignée de cent lieues ; qu’à l’égard de la construction d’une barque, je ne trouverais jamais dans le pays ce qui était nécessaire pour un pareil bâtiment ; que néanmoins je voulais obéir, malgré l’impossibilité de faire ce qu’il me conseillait, et que je me regardais comme une créature condamnée à périr ; que la vue de la mort ne m’effrayait point, et que je l’attendais comme le moindre des maux dont j’étais menacé ; que, supposé que je pusse traverser les mers et retourner dans mon pays par quelque aventure extraordinaire et inespérée, j’aurais alors le malheur de retrouver les yahous, d’être obligé de passer le reste de ma vie avec eux, et de retomber bientôt dans toutes mes mauvaises habitudes ; que je savais bien que les raisons qui avaient déterminé messieurs les Houyhnhnms étaient trop solides pour oser leur opposer celle d’un misérable yahou tel que moi ; qu’ainsi j’acceptais l’offre obligeante qu’il me faisait du secours de ses domestiques pour m’aider à construire une barque ; que je le priais seulement de vouloir bien m’accorder un espace de temps qui pût suffire à un ouvrage aussi difficile, qui était destiné à la conservation de ma misérable