Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/407

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et mes aventures ; mais je leur donnai peu de satisfaction, et tous conclurent que mes malheurs m’avaient troublé l’esprit. Au bout de deux heures, la chaloupe qui était allée porter de l’eau douce au vaisseau revint avec ordre de m’amener incessamment à bord. Je me jetai à genoux pour prier qu’on me laissât aller, et qu’on voulût bien ne point me ravir ma liberté ; mais ce fut en vain ; je fus lié et mis dans la chaloupe, et dans cet état conduit à bord et dans la chambre du capitaine.

Il s’appelait Pedro de Mendez. C’était un homme très-généreux et très-poli. Il me pria d’abord de lui dire qui j’étais, et ensuite me demanda ce que je voulais boire et manger. Il m’assura que je serais traité comme lui-même, et me dit enfin des choses si obligeantes, que j’étais tout étonné de trouver tant de bonté dans un yahou. J’avais néanmoins un air sombre, morne et fâché, et je ne répondis autre chose à toutes ses honnêtetés, sinon que j’avais à manger dans mon canot. Mais il ordonna qu’on me servît un poulet, et qu’on me fît boire du vin excellent ; et en attendant il me fit donner un bon lit dans une chambre fort commode. Lorsque j’y eus été conduit, je ne voulus point me déshabiller, et je me jetai sur le lit dans l’état où j’étais. Au bout d’une demi-