Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/227

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LE RÉGIME MODERNE


pour un enfant bien né, bien élevé, leur camaraderie est disproportionnée et leur contact aussi nuisible que choquant. Par suite, pendant les premières années, les lycées[1], uniquement peuplés de quelques boursiers, restent déserts ou mal habités, tandis que « l’élite de la jeunesse se presse dans des écoles particulières payées plus ou moins chèrement ». — Cette élite dérobée à l’Université, il faut la reprendre ; puisque la jeunesse ne vient pas aux lycées par attrait, elle y viendra par nécessité ; à cet effet, on resserre les autres issues, on en barre plusieurs ; bien mieux, on fait converger toutes celles qu’on tolère en un seul débouché central qui est un établissement universitaire, tellement que le directeur de chaque école privée, transformé de concurrent en fournisseur, sert l’Université au lieu de lui nuire et lui donne des élèves au lieu de lui en ôter. — En premier lieu, la hauteur de son enseignement est restreinte[2] ; même à la campagne et dans les villes qui n’ont ni lycée ni collège, il n’enseignera rien au-dessus d’un degré fixe : s’il est chef d’institution, ce degré ne dépassera pas les classes d’humanités ; il laissera aux facultés de l’État leur domaine intact, calcul différentiel, astronomie, géologie, histoire naturelle, haute littérature ; s’il est maître de pension, ce degré ne dépassera pas les classes de grammaire, ni les premiers

    extérieures de la religion comme à des mouvements d’exercice…, la tradition constante a transmis cet esprit à tous les élèves qui se sont succédé depuis douze ans. »

  1. Fabry, ib., II, 12, et III, 399.
  2. Décret du 15 novembre 1811, articles 15, 16, 22.