Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/103

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LE RÉGIME MODERNE


En toute affaire ecclésiastique, on peut recourir à son jugement : il n’est permis à personne de juger sa sentence ; « il n’est permis à personne d’en appeler au futur concile œcuménique[1] ». Il n’a pas seulement « une primauté d’honneur, un office d’inspection et de direction ; il possède encore la primauté de juridiction ; un plein et suprême pouvoir de juridiction sur l’Église, universelle… », « la plénitude totale de ce pouvoir suprême », non pas indirectement et par extraordinaire, mais « directement et à l’ordinaire, sur toutes les Églises et sur chacune d’elles, sur tous les pasteurs et tous les fidèles, sur chacun des fidèles et chacun des pasteurs ». Lisez ceci dans le latin ; chaque mot, par sa vieille racine et par sa végétation historique, contribue à fortifier le sens autoritaire et romain du texte ; il fallait la langue du peuple qui a inventé et pratiqué la dictature, pour, affirmer cette dictature avec cette précision et cette abondance, avec cet excès d’énergie et cette conviction.

II

Non moins grave est le changement qui s’est introduit dans la condition et dans le rôle de l’évêque. Avec

    diffusæ pertinent ; aut etiam habere tantum potiores partes, non vero totam plenitudinem hujus supremæ potestatis, aut hanc ejus potestatem non esse ordinariam et immediatam… »

  1. Constitutio dogmatica, etc., ch. III. « Aberrant a recto veritatis tramite qui affirmant licere ab judiciis Romanorum pontificum ad œcumenicum concilium, tanquam ad auctoritatem romane pontifice superiorem, appellare. »