Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 2, 1910.djvu/284

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« payent leurs impositions » locales et générales « que par le droit de piquet ». C’est une taxe « sur toutes les farines qui sont et se consomment sur leur terroir » ; par exemple, sur 254897 livres que dépense Toulon, le piquet en fournit 233405. Ainsi, tout l’impôt porte, sur le peuple, et l’évêque, le marquis, le président, le gros négociant payent moins pour leur dîner de poisson fin et de becfigues que le calfat ou le porte-faix pour ses deux livres de pain frotté d’ail ! Et le pain dans ce pays stérile est déjà trop cher ! Et il est si mauvais, que Malouet, l’intendant de la marine, le refuse pour ses employés ! — « Sire, disait en chaire M. de la Fare, évêque de Nancy, le 4 mai 1789, sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des preuves non équivoques de sa patience… C’est un peuple martyr à qui la vie semble n’avoir été laissée que pour le faire souffrir plus longtemps. »

VIII

« Je suis misérable, parce qu’on me prend trop. On me prend trop, parce qu’on ne prend pas assez aux privilégiés. Non seulement les privilégiés me font payer à leur place, mais encore ils prélèvent sur moi leurs droits ecclésiastiques et féodaux. Quand, sur mon revenu de 100 francs, j’ai donné 53 francs et au delà au collec-

    avocat général à la Cour des Comptes d’Aix (19 mai 1783) et de l’archevêque d’Aix (15 juin 1783). — La Provence ne produisait de blé que pour sa consommation pendant sept mois et demi.