Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 3, 1909.djvu/211

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Dumont, qui voit les premiers comités chez Brissot et chez Clavière, en sort avec autant d’inquiétude que de dégoût ». — « Impossible, dit-il, de peindre la confusion des idées, le dérèglement des imaginations, le burlesque des notions populaires : on aurait cru voir le monde au lendemain de la création. » En effet, ils supposent que la société humaine n’existe pas et qu’ils sont chargés de la faire : de même les ambassadeurs de peuplades ennemies et divisées d’intérêts, qui voudraient se mettre à régler leur sort comme si rien d’antérieur n’avait existé ». — Nulle hésitation : ils sont persuadés que la chose est facile et qu’avec deux ou trois axiomes de philosophie politique le premier venu peut en venir à bout. Dans une assemblée de gens expérimentés, une pareille outrecuidance serait ridicule ; dans cette assemblée de novices, elle est une force. Un troupeau désorienté suit ceux qui se mettent en avant : ce sont les plus déraisonnables, mais ce sont les plus affirmatifs, et, dans la Chambre comme dans la nation, les casse-cou deviennent les conducteurs.

III

Deux avantages leur donnent l’ascendant, et ces avantages sont si grands, que désormais ceux qui les auront seront toujours les maîtres. — En premier lieu, le parti révolutionnaire a pour lui la théorie régnante, et seul il est décidé à l’appliquer jusqu’au bout. Il est donc seul conséquent et populaire, en face d’adversaires impopu-