Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 3, 1909.djvu/247

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« le petit nombre commanderait au grand » ; — « on retomberait dans les distinctions humiliantes » de l’ancien régime ; « on réveillerait le germe d’aristocratie qu’il faut anéantir ». — « D’ailleurs tout ce qui rappelle ou ranime le gouvernement féodal est mauvais, et la Chambre haute n’en est qu’un reste. » — Si les Anglais en ont une, c’est qu’ils ont été obligés de composer avec les préjugés. » — Souveraine et philosophe, l’Assemblée nationale plane au-dessus de leurs erreurs, de leurs entraves et de leur exemple. Dépositaire de la vérité, son affaire n’est point de recevoir les leçons des autres, mais de donner des leçons aux autres, et d’offrir à l’admiration du monde le premier modèle d’une Constitution conforme aux principes, parfaite, la plus efficace de toutes pour empêcher la formation d’une classe dirigeante, pour fermer le chemin des affaires publiques, non seulement à la noblesse ancienne, mais encore à l’aristocratie future, pour continuer et aggraver l’œuvre de la monarchie absolue, pour préparer une société de fonctionnaires et d’administrés, pour abaisser le niveau humain, pour désœuvrer, abêtir ou gâter l’élite de toutes les familles qui se maintiennent ou qui s’élèvent, pour faire sécher sur pied la plus précieuse des pépinières, celle où l’État trouve sa recrue d’hommes d’État.

Exclue du gouvernement, l’aristocratie va rentrer dans la vie privée : suivons-la dans ses terres. — Certes, c’est une grande gêne dans un État moderne que des droits féodaux institués pour un État barbare. Appro-