Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 4, 1910.djvu/262

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LA RÉVOLUTION


— En conséquence, des bandes de six cents, huit cents et mille hommes parcourent les districts de Toulouse et de Castelsarrasin : tous les propriétaires, aristocrates et patriotes, sont mis à contribution. Ici, chez la vieille fille « philanthrope, mais fanatique, on enfonce tout, on brise les meubles, on prend quatre-vingt-deux setiers de blé et seize tonneaux de vin ». Ailleurs, à Roqueferrière, on brûle les titres féodaux, on pille un château. Plus loin, à Lasserre, on exige trente mille francs, on emporte tout l’argent comptant. Presque partout les officiers municipaux en écharpe, bon gré, malgré, autorisent le pillage. De plus, ils « taxent les denrées à un prix infiniment moindre en assignats que leur cours en argent », et ils élèvent au double le prix de la journée de travail. — Cependant d’autres bandes dévastent les forêts nationales, et les gendarmes, pour ne pas être appelés aristocrates, ne songent qu’à saluer les pillards.

Après cela, il est manifeste qu’il n’y a plus de propriété pour personne, sauf pour les indigents et les voleurs. — Effectivement, dans la Dordogne[1], « sous prétexte de chasser les curés qui n’ont pas prêté le ser-

  1. Archives nationales, F7, 3209. Lettres du commissaire du roi près le tribunal de Mussidan, 7 mars 1792 ; du procureur-syndic du district de Sarlat, janvier 1792. — Ib., F7, 3204. Lettres des administrateurs du district de Tulle, 15 avril 1792 ; du directoire du département, 18 avril ; pétition de Jacques Labruc et de sa femme, avec procès-verbal du juge de paix, 14 avril. « Toutes ces voies de fait ont été commises sous les yeux de la municipalité. Elle n’y a mis aucun obstacle, malgré qu’elle ait été requise à temps. »