Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 6, 1904.djvu/115

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LA SECONDE ÉTAPE DE LA CONQUÊTE


et leur innocence. Ce sont eux que la populace jacobine vient enlever de prison ; des huit, elle en égorge sept dans la rue, avec eux quatre prêtres, et l’étalage que les assassins font de leur œuvre est encore plus impudent qu’à Paris. Toute la nuit, ils paradent dans la ville avec les têtes des morts au bout de leurs piques ; ils les portent, place des Terreaux, dans les cafés, ils les posent sur les tables et, par dérision, leur offrent de la bière ; puis ils allument des torches, entrent au théâtre des Célestins, et, défilant sur la scène avec leurs trophées, ils introduisent la tragédie réelle dans la tragédie feinte. — Épilogue grotesque et terrible : à la fin du dossier, Roland trouve une lettre de son collègue Danton[1] qui le prie de faire élargir les officiers massacrés depuis trois semaines ; « car, dit Danton, s’il n’y a pas lieu à accusation contre eux, il serait d’une injustice révoltante de les retenir plus longtemps dans les fers ». Sur la lettre de Danton, le commis de Roland a mis en note : « Affaire finie ». — Ici, je suppose, les deux époux se regardent sans rien dire. Mme Roland se souvient peut-être qu’au commencement de la Révolution, elle-même demandait des têtes, surtout « deux têtes illustres », et souhaitait « que l’Assemblée nationale leur fit leur procès en règle, ou que de généreux Décius » se dévouassent pour « les abattre[2] ». Ses vœux sont

  1. Archives nationales, F7, 3245. Lettre de Danton, 3 octobre.
  2. Étude sur Mme Roland, par Dauban, 89. Lettre de Mme Roland à Bosc, 26 juillet 1789 : « Vous vous occupez d’une municipalité, et vous laissez échapper des têtes qui vont conjurer de nouvelles horreurs. Vous n’êtes que des enfants, votre enthou-