Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 8, 1904.djvu/280

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LA RÉVOLUTION


neront leur métier ou leur charrue pour faire gratuitement les distributions quotidiennes ; plus précisément, à entretenir quatre à cinq millions de gendarmes parfaits, un dans chaque famille, à demeure, pour assister aux achats, ventes ou transactions de chaque journée et pour vérifier chaque soir le contenu de la huche ; bref à mettre la moitié des Français aux trousses de l’autre moitié. — À ces conditions, la production et la distribution des subsistances sont assurées : il suffit, pour y pourvoir, d’instituer par toute la France la conscription du travail et la captivité des grains.

Par malheur, le paysan n’entend pas la théorie et entend les affaires ; il calcule de près, et les faits d’après lesquels il raisonne, tous positifs, patents et terre à terre, le conduisent à un autre avis[1] : « En messidor,

    1795) : « La commission du commerce (et des approvisionnements) comptait 35000 employés à son service. »

  1. Archives nationales, AF, II, 68 (Arrêté du Comité de Salut public, 28 prairial). — Décret du 8 messidor an II : « Les grains de toute nature et les fourrages de la présente récolte sont mis à la réquisition du gouvernement. » — Recensement nouveau, obligation pour chacun de déclarer le montant de sa récolte, vérification, confiscation en cas de déclaration inexacte, obligation de battre les gerbes. — Dauban, 490 (Lettre de l’agent national de Villefort, 19 thermidor). Raisonnement et calculs des cultivateurs : ils restreignent leurs ensemencements, « non pas tant pour la raison du défaut de bras, que par le motif de ne pas se ruiner, en faisant une semence et une récolte à grands frais, qui, disent-ils, ne rentrent pas en entier, lors de la vente de leurs grains à si bas prix ». — Archives nationales, AF, II, 106 (Lettre de Dartigoeyte aux agents nationaux du Gers et de la Haute-Garonne, 25 floréal) : « Ici, on dit qu’immédiatement après la récolte, on enlèvera tous les grains, sans même laisser les moyens de subsistance ; on débite qu’on va s’emparer de toutes