Page:Tannery - Pour l’histoire de la science Hellène.djvu/20

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ou Eutocius, que ce soit Jamblique ou Proclus, Simplicius, Philopon ou Olympiodore [1], l’impression générale que produisent leurs écrits est toujours la même ; le but est d’enseigner une science existante (et qui se perd de plus en plus), non de la perfectionner ni de l’étendre.

Il serait injuste de ne pas mentionner pour la même période, en regard de cette appréciation sommaire : des travaux médicaux d’une certaine importance (l’utilité de l’art d’Hippocrate maintenait mieux le niveau de son étude, tandis que baissait celui des sciences théoriques) ; l’école d’ingénieurs qui se rendit célèbre sous Justinien ; enfin et surtout l’apparition de ces curieux écrits chimiques qu’un maître de la science moderne tire aujourd’hui d’un long oubli. Mais s’il y a là l’indice d’une certaine activité intellectuelle, cherchant à sortir du cadre consacré par la tradition et à répondre à de nouveaux besoins ou à de nouveaux désirs de l’humanité, cette activité ne fut pas assez puissante pour créer un nouveau courant scientifique, ni pour modifier réellement le caractère général de cette ère de décadence.

6. Ainsi l’histoire de la science antique se partage naturellement entre quatre périodes, chacune d’environ trois siècles, et dont deux précèdent l’ère chrétienne, tandis que les deux autres la suivent. Nettement tranchées par le caractère des monuments scientifiques qu’elles nous ont légués, elles ne sont pas moins appropriées aux divisions de l’histoire politique ou de l’histoire philosophique ; elles se prêtent enfin suffisamment à des distinctions analogues pour la littérature et les beaux-arts. En tout cas, quelle que soit celle de ces périodes que l’on se propose d’étudier au point de vue scientifique, il est essentiel de se former une idée précise des

  1. Ces deux derniers noms, comme aussi l’existence du commentaire astronomique attribué à l’empereur Héraelius, expliqueront pourquoi n’arrête pas, comme d’autres l’ont fait, l’histoire de la pensée antique à la fermeture de l’école d’Athènes par Justinien. En fait, Simplicius, dont les ouvrages sont historiquement si importants, écrivit après cette fermeture. Philopon est son contemporain, plutôt antérieur ; Olympiodore, le commentateur de la Météorologie d’Aristote, écrivait après 565. Quelle qu’ait été la religion de ces deux derniers auteurs, on ne peut faire autrement que de les ranger à côté de Simplicius. Enfin Stéphanoa d’Alexandrie (voir la Commentatio d’Usener, Bonn, 1880), appelé à Constantinople par Héraelius, forme la transition naturelle entre les derniers représentants de la science antique et les premiers de la science byzantine, si toutefois cette dernière peut vraiment mériter le nom de science.