Page:Taxil - Confessions d'un ex-libre-penseur - 1887 - Letouzey et Ané - 6e édition.djvu/48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sorte. Ne comptant pour rien mes sacrilèges, j’étais désolé d’être hypocrite. Mon crime envers Dieu m’était léger ; ma dissimulation envers mon père me pesait.

Mais comment lui apprendre la vérité ? Quel coup ce serait pour lui quand il la connaîtrait !

J’hésitais toujours, je ne pouvais me résoudre à lui révéler la situation.

Sur ces entrefaites, Rochefort, poursuivi et condamné, avait été obligé de se réfugier en Belgique. Le pamphlétaire, exilé, m’apparaissait avec une auréole de persécution qui doublait à mes yeux son prestige.

Je ne sais comment, un matin, l’idée me vint d’aller le rejoindre à Bruxelles. C’était une idée folle, absurde ; mais, dans l’état d’esprit où je me trouvais, rien ne me semblait impossible.

Je me disais que ma place était auprès de Rochefort.

— J’irai à lui, pensai-je, je me ferai connaître, je lui raconterai mon histoire, et il me comprendra. J’accepterai, pour subsister, n’importe quelle place, fut-ce l’emploi de laveur de vaisselle dans un restaurant. Dans mes heures de loisir, j’écrirai ; je ferai