Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/439

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quatorze officiers et cent trente-deux soldats de ce corps si célèbre par sa valeur. Après une absence de quatorze années, ce régiment revient en Angleterre, couvert de la gloire qu’il s’est acquise dans la guerre des Birmans. Le colonel O’Dowd, chevalier du Bain, a débarqué hier avec sa femme et sa sœur, suivi des capitaines Posky, Stubble, Mac-Raw et Malony, des lieutenants Smith, Jones, Thompson et Fr. Thomson, des enseignes Hicks et Grady. La musique faisait retentir sur la jetée l’hymne national, et la foule a fait entendre des acclamations prolongées au moment où ces braves soldats descendaient à l’hôtel de Wayte, où les attendait un somptueux banquet servi en l’honneur des vaillants défenseurs de la vieille Angleterre. Pendant ce repas, pour lequel Wayte s’était efforcé de se surpasser lui-même, la foule n’a cessé de faire entendre les cris d’un enthousiasme si vif, que lady O’Dowd et le colonel ont dû se montrer sur le balcon, où ils ont bu, à la santé de leurs compatriotes, le meilleur bordeaux de Wayte. »

À quelques jours de là, la même feuille annonçait que le major Dobbin avait rejoint le régiment à Chatham et donnait en même temps le compte rendu de la présentation à la cour du colonel sir Michel O’Dowd, chevalier du Bain, de lady O’Dowd et de miss Glorvina O’Dowd. Venaient ensuite les noms de lieutenants-colonels de nouvelle promotion, au nombre desquels se trouvait celui de Dobbin. Le vieux maréchal Tiptoff était mort pendant la traversée du ***e de Madras en Angleterre, et le souverain avait élevé le colonel sir Michel O’Dowd au rang de major général, tout en lui conservant le titre honorifique de colonel du régiment qu’il avait commandé pendant de longues années avec tant de distinction.

Amélia savait tous ces changements grâce à la correspondance soutenue que George ne cessait d’entretenir avec son tuteur. William lui avait même écrit deux ou trois lettres depuis son départ, mais il y régnait une telle froideur que la pauvre femme sentait bien qu’elle avait perdu tout son empire sur Dobbin, et comme il le lui avait dit, il la laissait parfaitement libre. Cet abandon la rendait bien malheureuse ; elle se rappelait maintenant les services, les tendres et affectueux services du major, et ce souvenir torturait jour et nuit son esprit. Suivant son habitude, elle se consumait dans ses douloureuses