Page:Tharaud - Dingley.djvu/113

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


forme confuse et les bottes boueuses éclairées par la lanterne.

« Il sait ce que je vaux, se disait-il, de quelle ardeur j’ai poussé à la guerre et que je suis un précieux otage. » Et l’idée que tout était fini, que son fils allait mourir, mourait peut-être à cette heure, qu’il ne le reverrait jamais plus, s’empara de son esprit, effaça tous les autres sentiments, le rendit comme insensible, jusqu’au moment où ces paroles, dites dans le meilleur anglais, l’arrachèrent à sa torpeur :

— Pauvre Archie ! Et qu’a-t-il donc, le cher boy ?

Le romancier stupéfait regarda, comme s’il ne l’avait jamais vu, le personnage qui lui parlait de la sorte. Sous une barbe embroussaillée, et dans les demi-ténèbres, il reconnut Lucas du Toit.

Parfois l’imprévu de la vie frappait son imagination avec une telle violence qu’il se figurait avoir déjà suivi, dans leur moindre détail, toutes les phases de l’événement qui se déroulait devant lui. Ainsi ce soir, il lui