Page:Tharaud - Dingley.djvu/125

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de sauvage et d’enfant, qui anime toute chose et crée continuellement à son usage une mythologie, humanisait ces fils de métal, et en lui-même il leur chantait un cantique de louange, comme s’il eût pensé se les rendre propices :

— Fins cheveux, nerfs de cuivre, rayons de lumière, cordes d’une lyre qui résonne sur toute la terre, harpe d’or où la joie et la douleur jouent la musique même de la vie, que me réservez-vous ?…

Le brusque sifflement d’un train interrompit ces litanies. Il se mit à courir, furieux contre lui-même d’avoir abandonné sa bête et cédé à un mouvement d’honnêteté imbécile.

Le soleil déjà haut brûlait son visage en sueur, ses pieds glissaient sur les herbes brûlées, les coups de sifflet devenaient plus pressants, se pourchassaient sur la plaine comme des hirondelles avant l’orage. Il se hâtait à leur appel vers la locomotive, dont il voyait de loin briller les cuivres et qui hennissait sur le Veld comme une jument au piquet.