Page:Tharaud - Dingley.djvu/126

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Épuisé, ruisselant, hors d’haleine, il atteignit enfin la station, pour apprendre que l’ennemi avait fait sauter un pont à dix milles de là, et que la locomotive partait seule afin de reconnaître la voie.

Assis dans l’ombre d’un hangar, sur une prolonge d’artillerie, il dut attendre pendant quatre heures le retour de la machine. Minutes arides, décolorées, où son imagination ne jouait plus, où il sentait l’usure de sa vie, où toutes les voix de son corps lui criaient : Tu es un vaincu ! Il se sentait faible, vieilli. Il n’avait de force que dans son cerveau, de puissance qu’au milieu des hommes. Hors des villes, en pleine nature, il était misérable et sans pouvoir.

Oh ! comme alors il se tournait avec regret vers sa jeunesse, vers cet été lointain où il accompagnait dans la Haute-Égypte son ami Dick Heldar, le dessinateur aveugle qui, déçu par l’amour d’une niaise petite fille, avait voulu, avant de mourir, sentir encore une fois sur sa nuque le soleil ardent, et sur son visage ombragé par le casque la