Page:Tharaud - Dingley.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les entendit crier : « Au revoir, Humphry, au revoir ! » Puis la machine les dépassa.


Écrasé entre deux caisses, les jambes repliées, car maintenant la place lui manquait pour s’étendre, Dingley n’était pas insensible à la misère de ce paquet de couvertures qui souffrait auprès de lui. Mais s’il supportait assez mal le spectacle de la douleur physique et de la maladie, il évitait de s’abandonner à la compassion :

1° Parce qu’elle est stérile ;

2° Parce qu’elle est illogique : quand on a accepté l’idée de la guerre, il ne faut pas larmoyer sur les déchets ;

3° Parce que dans une grande entreprise, la vie d’un homme compte pour rien.

Et il acceptait pleinement, dans sa vérité cruelle, ce mot tragique de Ney à un cavalier moribond, qui se traînait vers lui dans les neiges de Smolensk en lui tendant les bras : « Que veux-tu, mon ami ? Je ne puis rien pour toi. Tu es une victime de la guerre. »