Page:Tharaud - Dingley.djvu/169

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idées s’en allaient à la dérive, pareilles à des algues mouvantes qui échappaient à sa prise. L’aventure de Lucas du Toit lui offrait un fond solide où ancrer sa pensée. L’indifférence, le scepticisme, le dégoût, les « à quoi bon ? » rien de tout cela ne subsistait en face de la réalité. Devant un fait qui exigeait une décision de son esprit, il se retrouvait soudain et tout pareil à lui-même.

« Très injustement, se disait-il en ramenant du pied avec un soin délicat les aiguilles de pin sur la fourmilière dévastée, j’ai dû apparaître odieux à ma femme et à ces gens. Mais je me rendrais ridicule en implorant pour un rebelle l’indulgence des juges, et je ne serais pas entendu. Cependant j’ai pour ce jeune homme une sympathie fraternelle. J’aime ce Boer, étudiant d’Oxford, qui va donner sa vie pour défendre une civilisation qu’en fait il avait reniée. Certes, il était plus semblable aux officiers de l’armée qu’il combattait qu’aux hommes incultes de son commando. Mais en venant se battre ici, il a obéi à ses plus profonds instincts. Dans la