Page:Tharaud - Dingley.djvu/173

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bonté de son mari, non plus que se laisser convaincre par une si froide raison, se demandait dans quelles régions inconnues il trouvait le courage de se montrer à ce point insensible. Entre l’âme d’un homme et celle d’une femme, quels abîmes secrets ! Aucune parole ne saurait les combler.

Pour rafraîchir son cœur brûlant, elle descendit dans le jardin et se dirigea vers Rosendaal, par cette allée de hêtres où la vieille Madame du Toit lui avait dit, un jour, que le Seigneur était juste et que Lucas ne pouvait mourir. Incomparable soir où l’ombre d’un enfant excité à ses jeux fuyait derrière les arbres ! Cris de joie enfantins suspendus aux feuillages ! Où, dans le monde, une semblable allée ?…

Le soleil déclinait derrière le parc. Quelques babouins, avant de s’endormir, jacassaient à la cime des arbres, et dans les derniers bruits du jour qui précèdent les bruits de la nuit, s’élevait la voix d’un rossignol, chant doux et fort, simple et varié, inextinguible, unique, qui crée le silence et qui exile.