Page:Tharaud - Dingley.djvu/82

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La lettre continuait paisiblement :

« Sous mon casque, derrière mes lunettes qui me protègent assez mal d’une poussière infernale, l’histoire de mon voyou s’organise. Barr, le fils d’une vieille nation de marchands, donne l’exemple du courage chevaleresque à son adversaire. Il dynamite les fermes, mais il est paternel pour les enfants et les femmes. Il est propre, J’admire le soin avec lequel il se débarbouille dans les flaques d’eau de pluie. Il prend conscience, dans le rang, de la solidarité qui lie les êtres. Décidément, pour un voyou de l’East-End, la Providence m’apparaît tous les jours davantage sous l’uniforme d’un sergent recruteur. Mais voici où je m’embarrasse : la guerre finie, quand il aura couru le Veld en tous sens, il reviendra dans Londres ennobli, purifié. Qu’en ferai-je alors de cet honnête garçon ? Un salutiste, un gardien de square ? Qu’il finisse comme il voudra, peu importe ! Il aura connu quelques heures, quelques jours d’éclat dans sa vie. N’est-ce pas suffisant pour un homme ?