Page:Tinayre - Gérard et Delphine - La Porte rouge.pdf/288

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M. de Gouvernet, à ce nom de Le Cointre, éclata :

— Un vaniteux gonflé d’envie, un brutal, digne ami de Gorsas et de Marat. J’espère renoncer bientôt à commander sa troupe. C’est le devoir seul qui me retient ici. Par bonheur, l’officier parisien qu’on m’a donné comme adjoint est un homme déterminé et dévoué. Le voici dans la Galerie. Permettez que je lui dise un mot, et je vous retrouve.

Il laissa Gérard dans l’Œil-de-Bœuf bouleversé. La même fenêtre où le jeune homme s’était appuyé l’avant-veille, avait ses volets entr’ouverts. Gérard se rappela Vauvigné et son ami, causant près de lui, le Suisse écarlate avec sa hallebarde, les petites ouvrières effarouchées, tenant à la main leurs sabots. De la fenêtre, il voyait le balcon de la chambre royale. C’était là que Louis XVI avait dû paraître, livide et bouffi, n’ayant plus que la majesté du malheur. Et la reine aussi y était venue, seule, les bras croisés sur sa robe de toile jaune, ses cheveux blonds envolés autour de son fier visage, vraiment impériale et royale, devant les fusils braqués.

« C’était hier ! Et tout est fini : le roi, la royauté, la gloire de Versailles. La monarchie française n’est plus qu’une fiction. Un autre âge commence », se disait Gérard, en écoutant le bruit des volets et des contrevents qu’on repliait… « Cinq mois après l’ouverture des États Généraux, cinq mois, jour pour jour ! Où sont nos espé-