Page:Tinayre - La Maison du péché, 1902.djvu/353

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— Je vous assure, madame, que je n’ai aucun ressentiment personnel contre vous… Je suis tout prêt à vous entendre.

Elle s’avança vers lui, et, d’une voix toute changée, d’une voix qui venait de l’âme :

— Permettez-moi de le revoir.

— Madame, c’est impossible. Vous avez lu…

— Une fois, une seule fois !… Je serai forte ; je ne pleurerai pas… Une seule fois, devant vous !…

« Elle aussi ! pensa Forgerus. La même prière, les mêmes mots !… » Il revit Augustin dans la chambre du pavillon, il entendit sa voix : « La revoir, une fois encore ! Une seule fois… Devant vous !… » Dans le même excès de souffrance, le même cri montait aux lèvres des amants. Et, malgré lui, M. Forgerus fut troublé… Il se vit, juge et bourreau, tenant ces deux âmes brisées, sanglantes, qui palpitaient l’une vers l’autre, dans un effort suprême pour se rejoindre et s’unir… Mais il ne se demanda pas s’il avait le droit de les séparer, ces deux âmes, et s’il n’avait pas commis une sorte de crime contre la nature, en violentant la conscience d’Augustin, en substituant sa propre volonté à la volonté du jeune homme. L’idée qu’Augustin et Fanny devaient seuls, d’un plein accord, libres de toute influence étrangère, disposer de leurs personnes et de leur destinée, cette idée subversive et choquante n’effleura même pas l’esprit de M. Forgerus. Son émotion fut toute physique, une brève défaillance nerveuse comme celle que l’on ressent devant un accident de la rue, ou à la table d’opération dans un hôpital.

— Madame, balbutia-t-il, vous me mettez au sup-