Page:Tinayre - Madeleine au miroir.djvu/18

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assise devant la vieille poudreuse d’acajou, je regarde ma figure d’aujourd’hui… Il y a mieux, certes, mais il y a plus mal ! Cette Madeleine Mirande qui me sourit, entre ses cheveux rabattus par la brosse, n’a pas une ride encore. Pourtant les doigts invisibles, les doigts souverains du Temps l’ont maniée ; ils ont modelé la pulpe tendre de sa chair, et sans la défraîchir, sans l’abîmer, ils l’ont déveloutée…

Que reste-t-il de ma jeunesse ?… Une mince figure française aux traits irréguliers, aux yeux clairs et changeants comme l’eau de la Seine sous le ciel parisien, aux cheveux châtains dans l’ombre, blonds dans la lumière. Pas beaucoup de relief, pas de « caractère », presque pas de couleur ; mais un regard pas bête, un sourire sans ironie, un peu de grâce, et des nuances…

L’âme ressemble au visage : elle est ordinaire et sans génie comme il est sans beauté. Visage de femme, âme de femme dont l’extrême féminité sans doute est tout le charme.

Et mon histoire aussi est ordinaire.

J’ai eu mon lot d’épreuves et de chagrins, mais rien d’exceptionnel, rien qui me permette