Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/186

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n’avait pas dit l’orateur et tâchaient de dire ce qui manquait. Les autres, dans cette chaleur et ce vacarme, cherchaient dans leur tête, sans la trouver, une idée quelconque et se hâtaient de l’exposer. Les vieux seigneurs, connaissances de Pierre, étaient assis et se regardaient l’un l’autre, et l’expression de plusieurs d’entre eux disait qu’ils avaient très chaud.

Cependant Pierre se sentait ému, et le désir général de montrer que pour nous il n’y avait pas d’obstacles, désir qui s’exprimait plus dans les sons et les expressions des visages que dans le sens des paroles, se communiquait à lui aussi. Il ne renonçait pas à ses idées, mais il se sentait coupable et désirait se justifier.

— Je dis seulement qu’il nous serait plus commode de faire des sacrifices si nous connaissions quels sont les besoins, prononça-t-il en tâchant de dépasser les autres voix.

Un vieillard qui était près de lui le regarda, mais il fut aussitôt distrait par un cri à l’autre bout de la table.

— Oui, Moscou sera rendue, elle sera l’expiatrice ! criait l’un.

— Il est l’ennemi de l’humanité ! criait un autre.

— Permettez-moi de parler… — Messieurs, vous m’étouffez !…