Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/281

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ment je vois à travers toi de part en part, mais je vois sous toi, à trois archines.

Drone, confus, regardait furtivement Alpatitch ; de nouveau il baissa les yeux.

— Assez de bêtises et dis au peuple qu’il se prépare à partir à Moscou et que demain les charrettes soient prêtes pour les bagages de la princesse, et toi-même ne va pas à l’assemblée, tu entends !

Soudain, Drone tomba à genoux.

— Iakov Alpatitch, débarrasse-moi de cette mission ! Ôte-moi les clefs, mais débarrasse-moi au moins, au nom du Christ !

— Ça ne prend pas ! dit sévèrement Alpatitch. Je vois sous toi à trois archines, répéta-t-il en sachant que son art d’apiculteur, son talent à semer l’avoine, et ce fait que pendant vingt ans il avait pu plaire au vieux prince, lui avaient acquis depuis longtemps la réputation de sorcier et que la capacité de voir sous un homme à trois archines était attribuée aux sorciers.

Drone se leva, il voulait dire quelque chose mais Alpatitch l’interrompit.

— Qu’avez-vous inventé, hein ? Que pensez-vous, hein ?

— Que puis-je faire contre le peuple ? dit Drone. Ils se sont révoltés tout à fait ; moi je leur dis…

— C’est ça, dis ; ils s’enivrent ? demanda brièvement Alpatitch.