Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/322

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le diable sait ce qu’on a fait jusqu’ici ! Toujou’s reculer, toujou’s reculer. Vous avez fait la campagne ?

— J’ai eu le plaisir, répondit le prince André, non seulement de participer à la retraite mais même de perdre dans ce recul tout ce que j’avais de cher — sans parler de mes biens et de la maison paternelle. — Mon père est mort de chagrin. Je suis de Smolensk.

— Ah ! vous êtes le p’ince Bolkonskï ? T’ès heu’eux de fai’e vot’e connaissance. Le lieutenant-colonel Denissov, plus connu sous le nom de Vaska, dit Denissov, en serrant la main du prince André et le regardant avec une expression particulièrement bonne.

— Oui, j’ai entendu pa’ler, ajouta-t-il avec compassion ; et après un court silence : En voilà une gue’re de Scythes ! Tout cela est bien, seulement pas pou’ ceux qui paient de leu’s pe’sonnes. Ah ! vous êtes le p’ince And’é Bolkonskï ?

Il hocha la tête.

— T’ès heu’eux, p’ince, t’ès heu’eux de fai’e vot’e connaissance, répéta-t-il de nouveau avec un sourire triste en lui serrant la main.

Le prince André connaissait Denissov par les récits de Natacha sur son premier fiancé. Ce souvenir lui fit à la fois de la peine et du plaisir et le ramena à des souvenirs pénibles auxquels, depuis longtemps, il ne pensait plus mais qui, cepen-