Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/387

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entendu du sérénissime. Il savait que Koutouzov ferait attention à ses paroles, et en effet, le sérénissime s’adressa à lui.

— Que dis-tu des miliciens ?

— En se préparant pour demain, Votre Excellence, en se préparant pour la mort, ils ont mis des chemises propres.

— Ah ! des hommes admirables, incomparables ! dit Koutouzov, et, en fermant les yeux, il hocha la tête. Des gens incomparables ! répétait-il en soupirant.

— Voulez-vous sentir la poudre ? demanda-t-il à Pierre. Oui, l’odeur en est assez agréable. J’ai l’honneur d’être un adorateur de votre épouse, va-t-elle bien ? Mon camp est à votre disposition. Et, comme il arrive souvent aux vieilles gens, Koutouzov se mit à regarder distraitement autour de lui comme s’il avait oublié ce qu’il devait faire ou dire. Se rappelant sans doute ce qu’il cherchait, il fit mander André Serguéiévitch Kaïssarov, le frère de son aide de camp.

— Comment ces vers de Marine ? Comment ces vers ? Ceux qu’il a écrits sur Guerakov. « Tu seras professeur au corps… » Dis-les-moi, dis-les-moi, prononça Koutouzov qui, évidemment, se préparait à rire. Kaïssarov lut les vers. Koutouzov, en souriant, hochait la tête en mesure.

Quand Pierre s’éloigna de Koutouzov, Dolokhov s’approcha de lui et lui prit la main.