Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/390

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des seigles brûlés par la grêle, ils passèrent sur la nouvelle route faite par l’artillerie, jusqu’aux flèches qu’on creusait alors.

Benigsen s’arrêta sur les flèches et se mit à regarder la redoute de Schévardine, nôtre la veille encore et où l’on voyait quelques cavaliers. Les officiers disaient que Napoléon et Murat se trouvaient là-bas, et tous regardaient avidement ce groupe de cavaliers. Pierre regardait aussi et tâchait de deviner qui, parmi ces hommes, qu’on distinguait à peine, était Napoléon. Enfin les cavaliers descendirent du mamelon et disparurent. Benigsen s’adressa au général qui s’approchait de lui et se mit à lui expliquer la situation de nos troupes.

Pierre écoutait les paroles de Benigsen en tendant toute son intelligence pour comprendre le plan de la future bataille, mais avec tristesse il sentait que ses capacités intellectuelles n’étaient pas suffisantes pour cela. Il ne comprenait rien. Benigsen cessa de parler et remarquant que Pierre écoutait, lui dit :

— Je pense que cela ne vous intéresse pas.

— Au contraire, très intéressant, répéta Pierre, pas tout à fait sincère.

Des flèches, ils allèrent encore plus à gauche par la route qui serpentait dans la forêt de bouleaux pas très hauts. Au milieu de cette forêt, devant eux, un lapin brun, à pattes blanches, bondit sur la