Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/448

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quelques canons, était l’endroit le plus important de la bataille, au contraire, il lui semblait que cet endroit (précisément parce qu’il s’y trouvait) était le plus insignifiant.

Arrivé sur le mamelon, Pierre s’assit au bout du fossé qui entourait la batterie et, avec un sourire inconscient et joyeux, il regarda ce qui se faisait autour de lui. De temps en temps, toujours avec le même sourire, il se levait, et, en tâchant de ne pas déranger les soldats qui chargeaient les canons et qui couraient devant lui avec des sacs et des charges, il se promenait sur la batterie. Les canons de cette batterie, l’un après l’autre, sans cesse, tiraient en étourdissant de leurs sons et en couvrant toute la place de fumée et de poudre.

En contradiction avec cette frayeur qu’on sentait parmi les soldats d’infanterie de couverture, ici — sur la batterie où les petits groupes d’hommes occupés de leur besogne étaient restreints, — séparé des autres par le fossé, on sentait une animation égale, commune à tous, solidaire.

La personne de Pierre, non martiale, en bonnet blanc, frappa d’abord désagréablement ces hommes. Les soldats, en passant devant lui, le regardaient avec étonnement et même avec effroi. L’officier supérieur d’artillerie, grêlé, haut, les jambes longues, s’approcha de Pierre, comme s’il voulait voir le canon extrême, et le regarda avec curiosité.

Un tout jeune officier au visage rond, un enfant