Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/491

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la lisière d’un bois de bouleaux. Dans le bois se trouvaient les charrettes et les chevaux. Les chevaux mangeaient l’avoine dans leur sac, et des moineaux venaient récolter le grain qui tombait, les corbeaux sentant le sang croassaient hardiment et volaient parmi les bouleaux. Autour des tentes, sur un espace de plus de deux déciatines, des hommes ensanglantés, diversement habillés, étaient couchés, assis ou debout. Près des blessés, se tenait une foule de soldats brancardiers aux visages tristes et attentifs, que les officiers donnaient en vain l’ordre de chasser de là.

Sans écouter les officiers, les soldats restaient appuyés sur les brancards et, le regard fixe, comme s’ils tâchaient de comprendre l’importance du spectacle, ils regardaient ce qui se passait devant eux. Des tentes arrivaient tantôt des gémissements aigus, méchants, tantôt des gémissements plaintifs. De temps en temps, les infirmiers venaient chercher de l’eau dans la cour et désignaient ceux qu’il fallait porter. Les blessés qui attendaient leur tour près de la tente gémissaient, pleuraient, criaient, demandaient de l’eau-de-vie, quelques-uns avaient le délire.

En enjambant les blessés pas encore pansés, on porta tout près de l’une des tentes le prince André, commandant du régiment, et on s’arrêta en attendant des ordres. Le prince André ouvrit les yeux et pendant longtemps ne put comprendre ce qui se