Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/103

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gênait Berg, le regardait comme si elle cherchait sur son visage la solution d’une question quelconque.

— En général, on ne peut imaginer et louer dignement l’héroïsme que montrèrent les soldats russes, dit Berg, et comme s’il voulait flatter Natacha, il sourit à son regard obstiné… La Russie n’est pas à Moscou, elle est dans le cœur de ses fils ! N’est-ce pas, père ? dit Berg.

À ce moment la comtesse sortit du divan, l’air sombre et mécontent. Berg se précipita vers elle pour lui baiser la main, s’informa de sa santé et, en exprimant d’un hochement de tête sa compassion, s’arrêta près d’elle.

— Oui, mère, je vous dirai la vérité. Les temps sont tristes et pénibles pour chaque Russe. Mais pourquoi vous inquiétez-vous tant ? Vous aurez encore le temps de partir…

— Je ne comprends pas ce que font les domestiques, dit la comtesse s’adressant à son mari. On vient de me dire que rien n’est encore prêt. Il faut que quelqu’un donne des ordres. Voilà, on regrette Mitenka. Cela n’en finira pas !

Le comte voulut dire quelque chose, mais s’abstint.

Il se leva de sa chaise et s’approcha de la porte. À ce moment, Berg tira de sa poche son mouchoir, comme s’il voulait se moucher, et regardant le nœud qu’il y avait fait, il devint pensif,